Témoignage d'un paysan Palestinien sur les attaques des colons israéliens en 2026
En Palestine, l’agriculture n’est pas seulement une activité économique. Elle est un mode de vie, une mémoire collective et une forme de résistance quotidienne. Chaque vigne et chaque olive raconte une histoire familiale. Chaque récolte représente des mois de travail et souvent l’unique source de revenus de nombreuses familles.

C’est précisément cette relation à la terre qui est aujourd’hui attaquée.
Un paysan de la région d’Hébron raconte :
« Il y a une semaine, je suis parti tôt le matin, pensant qu’il s’agissait d’une journée ordinaire. Mon programme consistait à enlever les feuilles de vigne excédentaires et à éclaircir les grappes, une opération indispensable pour produire un raisin de haute qualité. J’ai garé ma voiture à environ deux kilomètres de ma parcelle et j’ai poursuivi mon chemin à pied, car la porte est de Halhoul était fermée.
Au carrefour, des centaines de colons faisaient la queue pour monter au sommet du mont Al-Joumjoma. Cette colline avait été confisquée au début de l’année 2025 par décision du gouvernement israélien, et des colons y avaient établi l’avant-poste de Maale Halhul. Leur présence massive ce jour-là avait pour but de célébrer son inauguration.

Après beaucoup d’efforts, j’ai réussi à atteindre mon terrain et j’ai commencé mon travail. Deux heures plus tard, une musique assourdissante provenant de la colline, située à environ 700 mètres de moi, a envahi l’endroit. Les chansons étaient répugnantes et reflétaient, à mes yeux, la dégradation morale de ces groupes : insultes, propos racistes et appels à la violence.
Peu après, plus de cinquante colons sont arrivés et ont encerclé mon terrain. Ils m’ont menacé de mort. Lorsque j’ai compris que ma vie était réellement en danger, j’ai décidé de fuir. Comme je connais parfaitement la région, j’ai réussi à m’échapper. Une fois en sécurité, j’ai contacté un avocat . Celui-ci a appelé la police israélienne, mais la réponse a été simple : que je m’éloigne de ma terre et que je laisse les colons célébrer tranquillement.
Le lendemain, dans une autre zone, l’avocat a déposé une demande auprès de l’armée israélienne afin que les propriétaires de terres de Wadi Al-Shinnar – l’une des vallées déclarées zone militaire et parmi les plus fertiles de la région, puissent accéder à leurs parcelles pour tailler les vignes, bien que cette opération soit déjà très en retard. L’autorisation a été accordée. Une trentaine d’agriculteurs se sont donc présentés à cinq heures du matin devant la nouvelle barrière qui bloque désormais une route agricole.
À huit heures, un officier est arrivé et leur a déclaré : « Je ne suis pas de bonne humeur ce matin, rentrez chez vous. » Les agriculteurs, exaspérés, ont protesté. L’armée a répondu par des tirs de gaz lacrymogènes, puis des colons armés de bâtons les ont attaqués. Douze agriculteurs ont été arrêtés. Deux jours plus tard, l’avocat a obtenu leur libération à condition qu’ils n’entrent plus dans cette zone pendant un an.
Dans notre village, nous étions opposés à la logique consistant à demander une autorisation pour travailler sur ses propres terres, car nous craignions que cela ne devienne une règle permanente. Mais faute d’alternative, nous avons finalement accepté.
Au sud se trouve la vallée de Qaboun, également essentielle pour l’économie locale. Éloignée des sept avant-postes installés sur les collines à l’est de la ville, elle a permis aux agriculteurs de labourer leurs terres et de tailler leurs vignes. C’est en ce moment la saison de la récolte des feuilles de vigne, destinées à la préparation des feuilles farcies, une source de revenus importante pour de nombreuses familles.
Alors qu’un grand groupe d’agriculteurs récoltait paisiblement les feuilles, plus d’une centaine de colons, principalement des mineurs appartenant aux groupes connus sous le nom de « Jeunes des collines », les ont attaqués. Une bagarre a éclaté. Un enfant, terrorisé, s’était caché dans le champ de sa famille. Un colon l’a aperçu et l’a violemment frappé. Son père est intervenu pour le sauver, a repoussé l’agresseur et a conduit son fils à l’hôpital.
Trente minutes plus tard, l’armée est arrivée et a demandé aux agriculteurs de quitter les lieux. Quant au colon qui avait frappé l’enfant, il a exigé l’arrestation du père parce que celui-ci l’avait frappé en retour. Lorsque l’officier a demandé qui avait frappé le colon, les agriculteurs ont répondu que le père était à l’hôpital avec son fils et que le véritable agresseur était le colon. L’armée alors tiré du gaz lacrymogène sur les agriculteurs. Dans la nuit, les colons sont revenus et ont coupé les vignes appartenant à la famille de l’enfant.
Parmi les auteurs d’agressions récurrentes figure un colon surnommé par les agriculteurs « le Galeux ». Il est connu pour voler les troupeaux des bergers palestiniens, notamment dans la région de Masafer Yatta. Il introduit régulièrement des moutons dans les vignobles afin qu’ils dévorent les feuilles. Lorsque les vignes sont trop hautes, il coupe les fils de fer pour les faire tomber au sol et faciliter l’accès aux animaux.
Face à cette situation, nous avons dû organiser la résistance civile et soutenir des agriculteurs découragés qui ne disposent d’aucune protection. Nous avons notamment :
- Organisé des réunions avec de nombreux agriculteurs afin qu’ils travaillent collectivement sur leurs terres pour réduire les risques d’agression. Cette méthode a porté ses fruits dans plusieurs endroits, même si elle a échoué ailleurs en raison de l’usage excessif de la force par l’armée.
- Mandaté plusieurs avocats palestiniens citoyens d’Israël pour défendre les agriculteurs arrêtés, fournir des conseils juridiques et assurer la communication avec le commandement militaire. Leur aide a été précieuse.
- Acheté des caméras portatives à fixer autour du cou des agriculteurs afin de réfuter les accusations mensongères portées contre eux. Dans certaines zones particulièrement dangereuses, les agriculteurs évitent d’emporter leurs téléphones, et il leur est souvent impossible de filmer les agressions dont ils sont victimes.
- Aidé plusieurs agriculteurs à acheter des clôtures barbelées pour protéger leurs terres contre les vols et contre l’intrusion des troupeaux, notamment près des nouveaux avant-postes. Malgré cela, « le Galeux » a parfois coupé ces clôtures pour pénétrer dans les champs.
- Accordé une aide financière à plusieurs familles parmi les plus touchées par la politique de colonisation.
- Aidé de jeunes agriculteurs à acquérir des plants de vigne.
- Et ce n’est qu’une partie de ce que nous avons entrepris.
Nous faisons face à une guerre globale contre notre existence sur notre propre terre.
Tous les travailleurs palestiniens employés en Israël ont été renvoyés. Les possibilités de travail sont devenues extrêmement limitées. Le taux de chômage parmi les médecins atteint environ 60 %. Les fonctionnaires de l’Autorité palestinienne ne travaillent plus que trois jours par semaine, car ils ne reçoivent qu’environ 20 % de leur salaire. Les seuls dont la situation économique reste relativement stable sont les employés des organisations locales et internationales, les grands commerçants, les hommes d’affaires et les personnes bénéficiant de privilèges particuliersIl y a plus d’un an, des dirigeants du mouvement des colons, accompagnés de ministres et de députés de la Knesset, se sont réunis et ont décidé d’intensifier la pression contre les agriculteurs et les éleveurs palestiniens afin de les priver de leurs moyens de subsistance. Cela explique la violence croissante des attaques :
L’objectif est clair : nous pousser à partir.
Il est naturel, surtout pour les jeunes, de penser à l’émigration. Pourtant, ce que j’observe est tout autre : le nombre de ceux qui envisagent réellement de quitter la Palestine reste faible. C’est un nouvel échec pour cette politique.
La situation internationale est très préoccupante. Le droit international semble perdre chaque jour davantage de son autorité. Ce qui s’est produit à Gaza constitue, à mes yeux, un exemple de ce qui peut arriver à tout peuple qui refuse de se soumettre aux puissances dominantes.
Face à cela, il ne nous reste qu’un seul choix :
poursuivre notre lutte. Avec tous les hommes et les femmes libres à travers le monde. L’histoire nous a appris que lorsque les peuples se lèvent pour défendre leurs droits, ils finissent par triompher
Date de dernière mise à jour : 06/06/2026