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La résistance populaire non-armée des Palestiniens

Assemblée Générale du 19 février 2011.

Intervention de Taoufiq Tahani - relevé de notes relues par l'auteur

La résistance populaire non armée existe depuis longtemps en Palestine, depuis la colonisation britannique et les grandes grèves pacifiques en 1936. La première Intifada en est une illustration très connue, ainsi que le début de la seconde Intifada. Les acteurs actuels s’y sont formés. Cette résistance est légitime, tout comme la résistance armée par ailleurs. En effet, le droit international accorde à toute population combattant une occupation illégale le droit d’utiliser « tous les moyens à sa disposition » pour se libérer ;  et les occupés « ont le droit de chercher et de recevoir du soutien ». Le peuple palestinien a donc droit à toute forme de résistance, y compris la lutte armée et les choix des formes de résistance ne relève que de lui.

Des Palestiniens issus de la société civile ou des partis traditionnels ont, face à l'échec de deux stratégies (celle de négociation prônée par le Fatah et l'Autorité Palestinienne et celle de la lutte armée), réintroduit cette forme de résistance, sous une forme nouvelle : la « Résistance populaire non violente active », qui touche maintenant plusieurs villes et villages en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est et la Vallée du Jourdain. Cette résistance est devenue une réalité incontournable en plein développement. Elle est parfaitement adaptée à un combat asymétrique et bénéficie d’un soutien grandissant, non seulement au sein de la population palestinienne, la première concernée, mais aussi d’une solidarité active de la part des anticolonialistes israéliens et de militants internationaux. Elle a permis de sortir de la logique du « cycle des violences » qui enfermait le peuple palestinien et le privait du soutien de l’opinion internationale.

 

Deux erreurs stratégiques ont affecté et affectent la lutte des Palestiniens depuis le début des années 2000 : les attentats-suicides et la division politique inter-palestinienne, et plus particulièrement entre le Fatah et le Hamas. Les attentats-suicides, qui maintenant ne sont plus pratiqués par la résistance palestinienne, y compris à Gaza par le Hamas, ont eu un effet dévastateur sur le soutien de l'opinion publique internationale. Ce fut une erreur stratégique car ils ont justifié la construction du Mur dans certains endroits haut de 18 m, ce Mur qui cache et garantit l’extension de la colonisation. Illégal au regard du Droit international, sa construction se poursuit sur plus de 709 km, en zigzaguant largement hors de la ligne verte à l’intérieur même de la Cisjordanie ( La ligne verte en fait moins de la moitié). Il a été également déclaré illégal par la Cour Européenne de Justice, mais les pays européens ont continué à fournir une assistance technologique à Israël, y compris pour le construire.

 

- La Résistance populaire non violente ( les Palestiniens disent « non armée », ils concèdent « non-violente » pour être en phase avec l’opinion publique internationale)  est un choix stratégique devant le déséquilibre des forces face aux colons et l’armée israélienne.

-Elle part de la base en mettant les directions des partis politiques devant leur responsabilité: le choix de devenir hors-jeu ou de s'y rallier.  Souvent elles se rallient plus ou moins contraintes ainsi que méfiantes. Cette résistance s'est plus développée dans les villages situés près du Mur. A Budrus dès 2003 puis à Bil’in en 2005 et ensuite à AlMassara, Nabi Saleh .....

-          Elle est en contact avec les militants anticolonialistes israéliens et internationaux.

-          Elle est « armée » de caméras, d’appareils photo pour médiatiser le mouvement en la relayant sur les grands médias arabes, sur le Web. Depuis 2005, elle se développe sur une vingtaine de villages et tous les vendredis après la prière prend la forme d’une marche vers le Mur et ses barrières ou les extensions des colonies.

-     La violence de l’armée se manifeste par l’usage, parfois à tir tendu, de grenades assourdissantes, de gaz puissants qui provoquent potentiellement la mort et de billes d'acier entourées de caoutchouc, qui font des blessés et parfois des morts ( A Bil’in, deux morts ces derniers mois). Les arrestations sont nombreuses, de quelques jours à plusieurs années, un militant israélien a écopé une peine de plusieurs mois.

- Ses résultats sont modestes mais importants : récupération de terres, droit de passage…

Ces villages ont fondé une Coordination des Comités populaires qui s’est réunie en Conférence annuelle à 5 reprises en avril. La dernière a accueilli un dirigeant du Hamas. Cette résistance interroge aussi l'Autorité Palestinienne. Il y eu pour la 1ère fois un représentant de l'Autorité palestinienne à la conférence en 2010. Le Hamas ne le dit que très peu, mais il reconnaît l'échec de la résistance armée. Il dit que la flottille pour Gaza a été beaucoup plus efficace que les roquettes.

 

Cette résistance non violente peut- être un facteur d'unité entre Fatah et Hamas. Ces dernières semaines, grosses manifestations à Ramallah et dans des villes. Le mot d'ordre était: l'unité palestinienne.

-          Les dirigeants israéliens s’inquiètent des liens créés entre Israéliens anticolonialistes et Palestiniens, la perception du racisme israélien vis à vis des Palestiniens d'Israël croît, l’audience internationale des actions de résistance non violente est forte. Si sur le terrain, la colonisation active et violente exprimerait une défaite, la Résistance populaire est une victoire politique. Tous ceux qui en ont été témoins en reviennent bouleversés, preuve en est : au Parlement européen sur la Palestine, le clivage se fait entre ceux qui ont vu et les autres qui n’ont pas vécu ou ne le veulent pas voir.

-          Il faut donc encourager le développement des missions et les contacts avec les Acteurs de la Résistance.

Point chaud aujourd’hui de la colonisation, la Vallée du Jourdain ( 30 % de la Cisjordanie) dont la situation était méconnue il y a 7/8 ans : appropriation des terres, de l’eau etc. Le modèle de résistance de Bil’in, la présence de témoins changent la donne

« Exister, c’est résister, résister c’est exister » est leur slogan préféré.

 

Echange avec la salle :

1 ) Le racisme d’Etat d’Israël, terme plus approprié qu’ « apartheid » Si les lois israéliennes ne l’inscrivent pas, la pratique  justifie ce terme.

- Des quartiers nouveaux dans la ville Nazareth ne sont pas interdits aux palestiniens d'Israël mais seulement autorisés à ceux qui ont fait le service militaire, donc, la quasi totalité des palestiniens en est exclue.

- Plusieurs centaines de rabbins ont déclaré l’interdiction de vendre ou de louer des biens à des non juifs. Les rabbins ne sont pas seulement des religieux mais ils sont payés par l'État israélien, ce sont donc des fonctionnaires

- Des lois ne s’appliquent qu’aux palestiniens d'Israël (même si elle n'ont pas été faites exclusivement pour eux), par ex : celui de négocier sa peine en absence de preuves.

Actuellement ( ce n’était pas visible en 2000 ) se manifeste un réveil des Israéliens palestiniens. Cf. la députée de la Knesset présente sur la Flottille de la liberté en mai-juin 2010

 

2 ) Un Etat palestinien aujourd’hui sur seulement 22% de la Palestine historique ?

Ce paraît improbable :  C’est un petit territoire morcelé, la colonisation se développe, la division Gaza-Cisjordanie etc.

- Mais les évènements récents en Tunisie, en Egypte illustrent le possible

- Le Droit International (décisions de l’ONU) est pour les Palestiniens ( Les USA ont été les seuls opposés, sur la résolution dénonçant la colonisation en février 2011)

-  Le plan de paix arabe de 2002 est une base solide et constitue une offre sérieuse.

Mais Israël veut créer un point de non-retour, en exigeant la reconnaissance d’un Etat juif de la part des palestiniens qui sont sous occupation. 17% de la population  Israélienne est arabe, plus, les 200 000 Palestiniens à Jérusalem-Est

Israël ne sera jamais en sécurité sans le respect des Droits des Palestiniens.