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Edito du journal n° 30 - AFPS 44 - printemps 2010
HAÏTI et GAZA
Il n’y a pas lieu ici de comparer la souffrance de deux peuples mais plutôt de faire un parallèle concernant l’action des pays engagés dans ces deux régions. Que ce soit après les massacres perpétrés par l’armée israélienne ou le séisme survenu en Haïti, les besoins en produits de base ainsi que ceux nécessaires à la reconstruction des infrastructures, des habitations et de l’économie sont indispensables dans ces deux territoires. Autant les pays occidentaux se sont précipités vers Haïti, autant le silence et même l’obstruction les caractérisent pour lever le blocus de Gaza, financer la reconstruction et traduire l’État d’Israël devant les juridictions internationales pour crimes de guerre, comme le précise le rapport Goldstone demandé par l’ONU.
Israël s’est engouffré dans cette brèche avec un sens de la mise en scène que certains médias français se complaisent à relayer. À contre courant, Akiva Eldar* écrit : « l’identification remarquable avec les victimes de la terrible tragédie frappant le Haïti lointain ne fait que ressortir davantage l’indifférence devant la souffrance actuellement endurée par le peuple de Gaza. À une heure de voiture des bureaux des grands journaux israéliens, 1,5 million de personnes vivent sous siège depuis deux ans et demi. Qui donc se soucie de savoir que 80 % des hommes, des femmes et des enfants vivant si près de nous sont tombés sous le seuil de pauvreté ? Combien d’Israéliens savent que la moitié des Gazaouis sont tributaires de l’aide, que l’opération « plomb durci » a laissé des centaines de personnes handicapées, que les eaux usées se déversent directement dans la mer ? En Haïti le désastre est naturel ; celui qui a frappé Gaza est l’oeuvre honteuse de l’homme. C’est notre oeuvre. […]
Juste avant que les médecins israéliens ne se précipitent pour sauver les Haïtiens blessés, les autorités du poste de contrôle de Eretz ont empêché dix-sept personnes de se rendre à l’hôpital de Ramallah afin d’y recevoir d’urgence une transplantation de cornée. » De nombreuses actions se mettent en place dans le monde pour dénoncer la politique de l’État d’Israël : au plan juridique (rapport Goldstone), moral (tribunal Russel), et citoyen (Boycott-désinvestissement-sanctions). Il s’agit de faire pression sur les dirigeants occidentaux afin qu’ils prennent enfin les décisions qui s’imposent à tous : le respect des résolutions internationales.
L’énergie des États, déployée à juste titre pour le peuple d’Haïti, devrait être aussi forte pour briser le blocus de Gaza. (*) journaliste au quotidien israélien Haaretz – 19/01/2010
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