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L’histoire d’Abu Ryad, agriculteur dans la vallée du Jourdain
Mercredi, 24 Février 2010 09:14
Témoignage de Laura, actuellement en Palestine:
Abu Ryad est né dans la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, dans les années 40. Il est fils d’agriculteur et a repris la ferme familiale quand il en a eu l’âge. Depuis 1967, la Cisjordanie ainsi que la Bande de Gaza sont occupées par Israël. Les conséquences de cette occupation, Abu Ryad les ressent dans les moindres détails de sa vie quotidienne. La terre d’Abu Ryad se situe au Nord de la Cisjordanie, entre la ville de Naplouse et la frontière avec la Jordanie, dans la Vallée du Jourdain.

Au début de la deuxième Intifada, en 2000, l’armée israélienne a installé un check point sur sa propriété. Le check point d’Hamra est considéré par les Palestiniens comme l’un des plus durs de Cisjordanie. Chaque jour des centaines de Palestiniens le traversent après avoir fait la queue, quelques fois pendant des heures, souvent après avoir soulevé leur t-shirt pour prouver qu’ils n’ont pas de ceinture d’explosifs, après avoir montré leur carte de résident, après avoir passé un détecteur de métal, etc.

Ce check point occupe une grande partie de la terre fertile d’Abu Ryad. Non seulement il ne peut plus rien y cultiver mais il ne peut pas non plus y accéder, pour des "questions de sécurité", lui dit l’armée. C’est aussi pour des "questions de sécurité" que l’armée a détruit sa maison ainsi que celles de ses fils, à deux reprises. C’est encore pour des "questions de sécurité" que l’armée a installé une base militaire sur les cimes des deux montagnes qui jouxtent celle sur laquelle vivent Abu Ryad et sa famille.

 

 

En arrière plan, le check point israélien "Al Hamra"

En revanche, c’est pour des raisons économiques que les colons se sont approprié les terres des voisins d’Abu Ryad. La terre de la Vallée du Jourdain est l’une des plus fertiles de la région et le climat y est idéal, à tel point que les agriculteurs sont en mesure de faire deux récoltes par an. C’est donc dans la Vallée du Jourdain, en Territoires Palestiniens occupés, sur des terres palestiniennes, que se trouvent toutes les grandes sociétés israéliennes d’agroalimentaires.

Ainsi, en se déplaçant dans la Vallée, on peut voir, s’étendant sur des kilomètres, les champs de palmiers dattiers, d’arbres fruitiers de toutes sortes, de fleurs, des élevages industriels de bœufs et de moutons, etc. Tout ceci irrigué à profusion avec l’eau volée aux Palestiniens et à laquelle ils n’ont plus accès.

Abu Ryad sur les ruines de sa maison

Avant 1967 il y avait près de 250 000 Palestiniens qui vivaient dans la Vallée du Jourdain. Aujourd’hui ils ne sont plus que 50 000. A l’heure actuelle, 90 familles ont ordre d’évacuation par l’armée israélienne. Ce qui signifie que dans les jours et semaines à venir, 90 familles perdront tout ce qu’elles ont. Ces familles ne seront pas les premières à se faire expulser ni sûrement les dernières...

La destruction de leurs maisons et de leurs exploitations, le vol de leurs terres, le manque d’accès à l’eau et à l’électricité, le chômage et l’enfermement ont forcé nombre des habitants de la Vallée du Jourdain à émigrer. Pour ceux qui restent il devient alors presque nécessaire de travailler dans les colonies israéliennes, sur les terres qu’on leur a volées, dans des conditions désastreuses et payés un salaire de misère.

Afin d’aider les Palestiniens à résister, à rester sur leurs terres, dans la Vallée du Jourdain, des habitants de la Vallée ainsi que des militants étrangers se mobilisent. Depuis plusieurs années le mouvement populaire, Jordan Valley Solidarity, permet à des communautés de Palestiniens de vivre un peu plus dignement en construisant - bien que ce soit interdit par l’armée israélienne - des écoles, des cliniques ainsi que des maisons, comme celle d’Abu Ryad ; et tout ceci avec les moyens du bord.

 

 

Une école construite par Jordan Valley Solidarity


Quand on demande à Abu Ryad de quelle manière nous, étrangers, pouvons les aider, il répète, inlassablement « parlez de notre situation à votre peuple et boycottez les produits israéliens ! ».

En effet, hormis assurer une présence en cas d’évacuation ou de destruction de maisons ou de bâtiments publics palestiniens, le rôle que nous pouvons jouer pour soutenir la lutte du peuple palestinien à vivre libre sur sa terre est bien de sanctionner l’État israélien, responsable, avec ses entreprises, des violations du droit que subissent les Palestiniens depuis plus de 60 ans.

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