Accueil Reportages Une économie à l’agonie, des Palestiniens obligés de travailler dans les colonies
Une économie à l’agonie, des Palestiniens obligés de travailler dans les colonies Imprimer Envoyer

Une association israélienne, « l’adresse des ouvriers », a été fondée il y a dix-sept ans pour défendre les ouvriers étrangers travaillant en Israël ; elle s’est donné un nouveau projet en 2005, celui de défendre les travailleurs palestiniens travaillant dans les colonies.

Nous assistons à une réunion qui se tient à Salfit au nord de Ramallah, au siège du syndicat des travailleurs de cette région (Palestine Général Fédération of Trade-Unions) et avec sa participation. Nous y apprenons ainsi que les syndicats palestiniens ne peuvent pas intervenir auprès des employeurs israéliens. Jusqu’à ce jour les syndicats palestiniens ignoraient ces travailleurs. Travailler dans les colonies ne leur paraissait pas défendable.

Une dizaine d’ouvriers, trois animateurs de l’association et un avocat palestinien participaient à la réunion. Ce dernier explique le droit du travail applicable dans les colonies ainsi que les actions notamment juridiques menées contre les employeurs. Des entreprises industrielles ont ainsi délocalisé leurs usines d’Israël vers les colonies pour éviter la mise aux normes au niveau hygiène, sécurité, pollution, bénéficier d’une fiscalité avantageuse, trouver une main-d’œuvre bon marché et appliquer le droit du travail en vigueur en Palestine (à savoir le droit jordanien). En 2003, la Haute Cour Israélienne a décidé que le droit du travail applicable dans les

colonies était le droit .jordanien d’avant 67, non actualisé et bien sur moins favorable aux travailleurs.

L’association soutient les ouvriers palestiniens pour que le droit israélien leur soit appliqué puisqu il s’agit d’employeurs israéliens en conformité avec le droit israélien.

Quarante pour cent de ces patrons israéliens, pour éviter les recours juridiques et surexploiter la main-d’œuvre, ont décidé de ne plus embaucher directement les travailleurs palestiniens mais de passer par des intermédiaires palestiniens, appelés “collaborateurs”. Ce sont des rabatteurs qui perçoivent directement de l’employeur un montant englobant leur commission et le salaire des ouvriers palestiniens recrutés. Dans le cas de l’entreprise de confection Royal Night, les employés non qualifies perçoivent 9 NIS, les femmes 6 NIS, alors que les collaborateurs perçoivent 18 NIS et que le SMIC horaire israélien est de 22 NIS.

Dans les entreprises sans “collaborateurs” les patrons payent mieux sans toutefois appliquer le SMIC ni le droit du travail.

Sur 30 000 ouvriers dans les colonies, 10 000 sont sans autorisation de travail.

Des interventions des ouvriers ressortent les idées suivantes :

· Une pression permanente est exercée par les collaborateurs pour que les ouvriers ne revendiquent pas de hausse de salaire et de meilleures conditions de travail ;

· Des conditions de travail particulièrement difficiles du fait d’usines très polluantes ;

· Une grande crainte de perdre leur autorisation de travail délivrée par le ministère du travail israélien ou de ne pas retrouver du travail ;

· Les collaborateurs sont en lien étroit avec les employeurs et les services de sécurité, ils sont parfois armés ;

· Les ouvriers sont très mal informés à propos de leur véritable employeur, ils pensent que leur employeur est le collaborateur. Ils le connaissent souvent, et se sentent redevables de leur avoir trouvé du travail ;

· Certains ouvriers sont payés à la pièce, toutes les heures ne sont pas comptabilisées, ils n'ont pas de feuille de salaire ;

· Les collaborateurs sont organisés entre eux, et se renseignent sur les recrutements.

Dans un 2ème temps, l’association et les syndicats ont présenté leurs actions :

· ils encouragent et accompagnent les actions juridiques individuelles et surtout collectives contre les employeurs. Environ 30 procès sont intentés par mois et pour 4 d’entre eux les plaintes collectives n’empêchent pas les salaries de continuer à travailler dans la même entreprise.

· En 2007, 307 procès se sont déroulés dont 187 gagnés ;

· Ils encouragent la constitution d’un dossier : feuilles de pointage des heures, copie des chèques ;

· Informer les travailleurs que le responsable de leur situation est l’employeur et non le collaborateur ;

· Démasquer cette politique en informant les clients européens de ces pratiques.

Ces travailleurs sont durement touchés par l’occupation.

Il s’agit d’une situation qui n existe nulle part ailleurs dans le monde.

Nous constatons avec cette situation qu’Israël s’affranchit de tous les droits, que ce soit le droit international avec le développement des colonies, des droits de l’homme et ici du droit du travail.

Du côté de la société palestinienne, nous avons senti que ces travailleurs ont été considérés quasiment comme des traîtres. Le récent soutien des syndicats palestiniens au travail de cette association ne prend pas encore toute la mesure de la situation.

Ils nous ont demandé de témoigner en Europe. Nous avons à relayer cette demande à travers les syndicats et associations françaises.

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