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Si Rezé était en Palestine...
Vendredi, 05 Février 2010 10:55
de Jocelyne, adhérente au retour d'une mission en Palestine :

"Si REZÉ était en Palestine, nous mettrions 45 minutes minimum pour aller à Pornic, si tout allait bien, s’il n’y avait pas de barrage flottant à mi-chemin où on nous arrête et où on nous demande d’attendre. La 2x2 de Bouaye nous serait interdite évidemment car réservée aux colons.Si REZÉ était en Palestine, nous ne pourrions aller directement à Saint-Sébastien/Loire car il y aurait un mur entre les deux et il faudrait faire le tour par La Haie-Fouassière ou Haute-Goulaine.

Si REZÉ était en Palestine, on irait travailler au Pellerin en car et à Bouguenais, au check-point, il faudrait tous descendre du car, attendre, se ranger en file indienne, sortir sa carte d’identité et la présenter poliment sans s’énerver au jeune soldat qui nous la demanderait, avant de remonter dans le car et ceci tous les jours, matin et soir. De temps en temps le soldat en prendrait un qu’il ferait asseoir ou se déshabiller, comme bon lui semblerait … Le soldat serait partout et partout imprévisible.

Si REZÉ était en Palestine, nous ne serions pas libres, nous serions occupés.

Si REZÉ était en Palestine, nous devrions vivre avec l’occupant, qui prendrait nos meilleures terres maraîchères, notre eau, construirait des routes au milieu de notre pays : pour eux les bonnes routes rapides, pour nous les chemins creux. Et nous n’aurions rien à dire. Ce serait comme ça.

Si REZÉ était en Palestine, on pourrait venir arracher nos arbres, nos oliviers ou ici nos pommiers car ils auraient peur qu’on s’y cache.

Si REZÉ était en Palestine, nos enfants et nos jeunes n’auraient jamais vu la mer, et nous ça ferait bien longtemps …

Si REZÉ était en Palestine, nos enfants seraient les plus instruits du voisinage, mais ils ne pourraient pas trouver de travail.

Si REZÉ était en Palestine, à Hébron par exemple, la rue Clémenceau serait déserte, un grillage serait tendu au-dessus de nos têtes pour arrêter les ordures que jetteraient les colons qui habiteraient le dernier étage.

Si REZÉ était en Palestine, nous ne pourrions pas aller faire les vendanges dans nos vignes à Vertou sans autorisation. Une fois l’autorisation obtenue, pour quelques heures, nous serions heureux si le raisin n’avait pas été déjà volé. Et si ne pouvions y aller pendant 3 ans, les colons pourraient récupérer la vigne car ce serait devenu une terre abandonnée.

Si REZÉ était en Palestine, nous aurions peur la nuit des chars, des jeeps et des soldats qui entreraient dans la ville, fouilleraient les maisons, tireraient. Nous aurions peur qu’on vienne arrêter notre mari ou notre fils aîné qu’on ne reverrait pas de si tôt.

Nous aurions peur qu’ils nous fassent sortir dehors pour écraser notre maison, comme ils l’auraient fait à nos voisins.

Nous aurions peur de ne pas voir rentrer notre mari du travail ou notre fils de l’école.

Si REZÉ était en Palestine, on demanderait à certains d’entre nous de collaborer, de devenir indicateurs en échange de l’autorisation de se faire soigner ailleurs …

Si REZÉ était à Gaza, nous garderions les fenêtres ouvertes, jour et nuit, pour qu’elles n’explosent pas lors des bombardements. On vivrait dans le noir le soir, sans chauffage, et on mangerait froid car il n’y aurait plus ni gaz ni d’électricité pour faire la cuisine.

Si REZÉ était à Gaza, nous ferions une prière pour ne pas tomber malades ou être blessés, car les médecins n’auraient plus le temps ni les médicaments : il n’y en aurait plus.

Si REZÉ était en Palestine, nos amis ne pourraient plus venir nous voir, car à Nantes, à l’aéroport, ils seraient questionnés et fouillés. Tout au plus, ils pourraient dire qu’ils voudraient voir la Cité Radieuse. Car s’ils disaient qu’ils voulaient voir un ami de Rezé, on les remettrait illico dans l’avion du retour. Et par bateau, ils ne pourraient venir non plus, car ils se feraient tirer dessus avant d’atteindre le port de Nantes. Même à Saint-Nazaire/ Gaza, ils ne pourraient apporter du secours ou des vivres. Si REZÉ était en Palestine, nous ne perdrions pas espoir, jamais, car nous saurions qu’un jour nous aurons un Etat où nous pourrons vivre sans entraves, comme avant …"