Aude SIGNOLES edition Le Cavalier bleu, coll. idées reçues, 127 pages, 2005, 9.31 euros
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Remettre en question les idées reçues, les stéréotypes sur les Palestiniens, tel est le projet réussi de Aude Signoles, universitaire et spécialiste de la Palestine.
Qu’on en juge :
- « Les Palestiniens ne reconnaissent pas l’Etat d’Israël »
- « Les Palestiniens sont tous musulmans »
- « Les accords d’Oslo ont mis fin à l’occupation israélienne des Territoires palestiniens »
Vingt chapitres en trois sections sur l’histoire, la société et vie quotidienne, vie politique et les négociations pour éclairer le lecteur en quelques pages sur chaque idée reçue. Chaque phrase compte, le vocabulaire est précis, aucune des données majeures n’est laissée dans l’ombre.
En moins de 130 pages, pour un prix modique, des réponses documentées et argumentées. Un livre intéressant, on regrettera qu’il ne soit pas réactualisé depuis 2005.
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Une fiche de lecture complémentaire sur le site national de l'AFPS « un bon bouquin sur de fausses idées »
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Des extraits sur le chapitre « Les Palestiniens veulent Jérusalem. »
Jérusalem est au coeur des aspirations de notre peuple, et nous avons pris l'engagement d'en faire la capitale de notre futur État indépendant.[..] 1992
Jusqu'à la première Intifada*, les Palestiniens revendiquent l'exercice d'une souveraineté sur l'intégralité de Jérusalem. En 1988, l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) modifie officiellement son programme politique et fait de l'instauration d'un État sur les seuls Territoires occupés son nouvel horizon. Jérusalem-Ouest cesse alors d'être l'objet de ses convoitises. Seule, désormais, la partie orientale de la cité est au coeur de ses revendications. Ses exigences sur Jérusalem-Est sont de trois ordres : la pleine souveraineté politique ; « Jérusalem-Est capitale » ; la liberté de culte et d'accès aux lieux saints.
Les accords d'Oslo* n'apportent aucune satisfaction à ces revendications officielles. [..] Depuis lors, si l'OLP continue de revendiquer la partie orientale de Jérusalem, les Israéliens modifient profondément la topographie de la ville Sur le plan territorial en effet, on observe une judaïsaition de Jérusalem-Est, bien qu'Israéliens et Palestiniens soient tenus de respecter le statu-quo existant.
De fait, dès les années quatre-vingt, la municipalité israélienne de Jérusalem qui gère les deux parties de la ville a engagé des politiques urbaines discriminantes, qui tendent à limiter l'expansion spatiale des quartiers arabes de Jérusalem et l'augmentation démographique des Palestiniens y résidant. Les démolitions de maisons, difficultés d'obtention des permis de construire et confiscations de cartes de résidents vont en ce sens. Surtout, la construction de colonies de peuplement israéliennes dans et autour de la partie orientale de la ville a conduit à densifier la présence juive à Jérusalem. [..] Enfin, ces constructions israéliennes situées en périphérie, ceinturent les quartiers palestiniens de la ville, empêchant les habitants de prévoir leur expansion future. Dans le même temps, les Israéliens restreignent les flux de population palestinienne vers Jérusalem en établissant des barrages filtrants (ou checkpoints*) aux entrées nord (près de Ramallah) et sud (près de Bethléem) de la ville, en 1991. Depuis, les habitants de la Cisjordanie et de la bande de Gaza sont privés d'accès à leur capitale administrative, économique, culturelle et religieuse.
Les premières négociations israélo-palestiniennes sur la ville de Jérusalem ont été ouvertes à Camp David* durant l'été 2000. Elles se sont soldées par un échec, même si l'idée d'une division de la ville selon la répartition démographique des populations y a été acceptée. Mais les deux parties ne partagent pas la même définition de Jérusalem. Elles donnent notamment à sa partie orientale des contours différents.
[..] Pour les quartiers de Jérusalem-est situés en dehors de la vieille ville, les discussions ont avorté sur le type d'autorité que les Palestiniens pourraient y détenir (autonomie ou souveraineté), la délimitation des frontières, ainsi que le lieu-capitale. Ehoud Barak (alors Premier ministre de L’Etat hébreu) a proposé d'inclure au territoire israélien plusieurs blocs de colonies situés à Jérusalem-Est et en Cisjordanie ( (Maale Adoumim, Gush Etzion etc.) ce que les Palestiniens ont refusé. Il a également émis le voeu qu'Abou Dis, un quartier périphérique situé à l'extérieur des limites municipales de la ville, devienne capitale du futur État palestinien et prenne le nom d'al-Qods, nom arabe de Jérusalem. (cette proposition a, elle aussi, été rejetée par l'équipe de diplomates de Yasser Arafat.
Dans l'opinion publique israélienne et internationale, ces refus palestiniens ont accrédité l'idée que les Palestiniens ne voulaient rien céder sur Jérusalem. Pourtant, les Palestiniens s'en sont tenus à l'application du droit international, exigeant l'exercice d'une souveraineté sur la partie orientale de la ville. Les propositions israéliennes étaient trop éloignées de la reconnaissance de leurs droits nationaux pour qu'ils puissent les accepter en l'état.
Le second round de discussions mené à Taha (Égypte) en janvier 2001 a permis un rapprochement des vues palestiniennes et israéliennes. Pour la première fois, les Israéliens ont accepté l'idée d'une souveraineté palestinienne pleine et entière sur Jérusalen-Est et proposé que Jérusalem devienne la capitale de deux États. Mais la teneur de ces négociations a été rendue caduque par l'accession d'Ariel Sharon au poste de Premier ministre en Israël dès le mois suivant.
Alors que les Palestiniens ont renoncé depuis plus d'une décennie à la partie occidentale de la Ville Sainte, les Israéliens accentuent aujourd'hui leur politique de judaïsation de la partie orientale de la ville. Depuis 2003, ils y érigent des « murs » de séparation reconnus illégaux au regard du droit international, qui incluent de facto une large partie du territoire de Jérusalem-Est à l'État d'Israël. On peut donc d'ores et déjà se demander quelle Jérusalem les Palestiniens pourront contrôler à l'avenir, le territoire de celle qu'ils revendiquent se rétrécissant comme peau de chagrin.
les * renvoient au glossaire.
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