Accueil Actions auprès des élus janvier 2010, interview de deux élus de retour de Palestine
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Fabrice Roussel, maire socialiste de La Chapelle-sur-Erdre et Jean-Luc Durand, maire sans étiquette de Grandchamp-des-Fontaines faisaient partie de la délégation d’élus qui sont allés en Palestine avec l’AFPS 44, ils répondent à nos questions.

Qu’est ce qui vous a motivé pour cette mission ?

- FR : Depuis plusieurs années, notre municipalité soutient des associations palestiniennes à travers l’AFPS, je voulais voir concrètement ce qui se passe sur le terrain.

- JLD : Pour moi également, c’était une réponse à l’invitation de la délégation que nous avons accueillie en avril dernier. Si on souhaite aller plus loin dans le soutien et porter un message, on est plus crédible quand on s’appuie sur des témoignages de faits concrets.

Qu’est ce qui vous a le plus frappé ?

- JLD : C’est essentiellement les conditions dans lesquelles vit ce peuple : brimades continuelles, tracasseries de la part de l’occupant, harcèlement pour inciter les Palestiniens à partir. Et encore, au cours de cette semaine, nous n’avons pas été témoins directs de violences physiques qu’on nous a rapportées à Hébron. On a l’impression que les Palestiniens sont considérés par les colons comme des sous-hommes.

- FR : Expulsions à Jérusalem et dans la vallée du Jourdain, exactions des colons soutenus par l’armée à Hébron : c’est à  l’évidence une stratégie planifiée d’Israël d’enfermement et de séparation. On est frappé par l’esprit de résistance pacifique des Palestiniens.

Quelle est votre analyse de la situation en Palestine et Israël, quelle perspective ?

- JLD : A court terme, l’horizon me paraît malheureusement bouché. On nous parle de « processus de paix », mais ce processus n’existe pas, sinon pour justifier le non-respect du droit international. Il faudra trouver une solution durable, mais cela se heurte à des intérêts mercantiles qui profitent des schémas simplistes répandus dans l’opinion.

- FR : Il faudra réunir plusieurs conditions. D’abord l’unité des Palestiniens : on a ressenti les différences de stratégies et l’on voit bien qu’Israël joue là-dessus. Il faudra aussi un leader palestinien qui ait du poids, comme dans le passé. Le rôle de la « communauté internationale »est également important. Il y a eu un rendez-vous manqué avec l’élection d’Obama. La France et l’Europe n’ont pas joué leur rôle et l’on voit aujourd’hui que le président des États-Unis abandonne.

Pour certains, ce n’est pas le rôle d’une municipalité de se préoccuper de ces questions : un Conseil municipal est élu pour gérer les affaires de la commune.

- FR : Jumelage avec une commune polonaise, parrainage de village roumain : l’ouverture à l’étranger est une tradition

pour nous. Bien sûr, la commune n’a pas de compétence propre à l’international, mais à partir du moment où les citoyens s’investissent, les élus ont leur mot à dire pour accompagner. On est dans notre rôle, le territoire doit être un lieu de citoyenneté et d’engagement.

- JLD : Je suis d’accord là-dessus, nous sommes des élus républicains : « liberté, égalité, fraternité ». Ces valeurs n’ont pas de frontières et ne s’arrêtent pas aux limites de notre commune. Les jumelages sont une ouverture au monde, à la différence des cultures.

Oui, mais dans le cas de la Palestine, c’est un engagement politique.

- JLD : Un jumelage avec Ashton Keynes, c’est davantage culturel, mais le parrainage d’un village roumain, en1989, sous Ceausescu, c’était bien politique.

- FR : De même que le soutien aux Polonais du temps de Solidarnosc. Récemment, nous avons eu un débat en Conseil municipal à propos d’une subvention aux associations palestiniennes : certains auraient préféré qu’on fasse appel à la générosité des citoyens. Nous avons finalement voté cette subvention à l’unanimité. Les élus sont dans leur rôle quand ils engagent la commune dans la solidarité internationale.

- JLD : Ce qui nous guide c’est la volonté de faire respecter le droit international en dépit des carences de la « communauté

internationale ». Bien sûr, tous nos concitoyens ne nous suivront peut-être pas, mais notre position s’appuie sur des textes : les résolutions de l’ONU qui doivent s’appliquer quels que soient les États.

Pensez vous avoir un rôle, en tant qu’élus locaux, auprès des décideurs nationaux ?

- FR : Par rapport aux députés, au gouvernement, nous pouvons avoir un certain poids, surtout si la pression s’exerce en concertation avec un réseau militant.

- JLD : Oui, le fait d’avoir vu renforce notre crédibilité :il faut faire pression sur nos grands dirigeants pour qu’ils s’emparent du problème. Malheureusement la vision des responsables politiques sur ce sujet est trop souvent simpliste et manichéenne. Il faut refuser des schémas de« pensée unique » opposant d’un côté un peuple quia souffert du génocide, de l’autre un peuple présenté comme « terroriste ».

- FR : Nous pouvons avoir un poids dans nos organisations politiques pour faire évoluer une vision parfois trop abstraite.

Quelles suites comptez vous donner à cette mission ?

- FR : Témoigner bien sûr de ce que nous avons vu, c’est le but des réunions dans chacune de nos communes. Nous avons aussi un rôle de lien avec les associations de notre territoire à l’échelle communale, voire intercommunale. Un de nos projets pour l’année prochaine est de rassembler des associations autour du thème du handicap en y incluant l’association palestinienne Locore. Ça nous conforte dans l’idée de poursuivre notre soutien au peuple palestinien et puis, nous ne pouvons qu’inciter les gens à aller sur place.

- JLD : À travers notre témoignage, nous souhaitons que les gens s’engagent dans les associations de solidarité : l’AFPS en est une.

extrait du journal n° 30 - printemps 2010

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