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Les Palestiniens ne préfèrent pas l'appeler «zone tampon»,
terme utilisé par les Israéliens qui lui conférerait une certaine légitimité. En fait, cette zone a été imposée unilatéralement. Selon un accord de 1995, la zone s'étalait sur un périmètre de 50m le long de la Ligne verte entre Gaza et Israël. En 2000, les Israéliens l'ont agrandie jusqu'à 150m. En mai 2009, des avions israéliens ont lâché des papiers sur la région pour annoncer à la population que la limite passait à 300m. Selon un dernier rapport des Nations-Unies sur le sujet (OCHS/WFP report «Between the Fence and a Hard Place»), les Palestiniens ont été totalement ou partiellement de fait empêchés d'accéder aux terres situées jusqu'à 1.000-1.500m de la Ligne verte. La zone n'est pas vraiment clairement définie si ce n'est par les tirs.
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La famille Abu Saeed, devant sa maison |
En marchant sur les décombres de sa maison démolie par l'armée israélienne lors de l'opération «Plomb durci» en janvier 2009, Kamal, un fermier de 47 ans, père de 12 enfants, décrit Gaza comme «une villa criblée de balles». L'expression est très vraie. On peut imaginer une vie douce à Gaza, au bord de la mer méditerranée, sans occupation et sans siège. Mais cette minuscule bande de terre de 10km sur 60 a subi de nombreuses incursions militaires israéliennes, et vit coupée du monde à cause du blocus imposé depuis la prise de pouvoir du Hamas en 2007.
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Les conséquences sont terribles pour la population civile, qui dépend en grande partie de l'aide internationale. Le symbole de la stabilité – la maison – a été aussi largement affecté, comme en témoignent l'existence de milliers de Palestiniens qui ont perdu leur foyer et vivent toujours dans des conditions précaires, même deux ans après «Plomb durci».D'autres familles, si elles n'ont pas encore perdu leurs maisons, vivent dans des zones sensibles, comme dans la zone tampon aux abords de la Ligne verte, et risquent de subir le même sort, soit parce que leurs maisons vont être détruites dans des bombardements futurs, soient parce que la situation sera devenue si intolérable qu'ils seront amenés à partir. Les Palestiniens ne préfèrent pas l'appeler «zone tampon», terme utilisé par les Israéliens qui lui conférerait une certaine légitimité. En fait, cette zone a été imposée unilatéralement. Selon un accord de 1995, la zone s'étalait sur un périmètre de 50m le long de la Ligne verte. En 2000, les Israéliens l'ont agrandie jusqu'à 150m. En mai 2009, des avions israéliens ont lâché des papiers sur la région pour annoncer à la population que la limite passait à 300m. Selon un dernier rapport des Nations unies sur le sujet (OCHS/WFP report «Between the Fence and a Hard Place»), les Palestiniens ont été totalement ou partiellement de fait empêchés d'accéder aux terres situées jusqu'à 1.000-1.500m de la Ligne verte. La zone n'est pas vraiment clairement définie si ce n'est par les tirs. Ainsi, depuis la fin de l'opération «Plomb durci», l'armée israélienne a tué un total de 22 civils et blessé 146 autres dans cette zone limitrophe. 35% de la terre agricole n'est plus accessible pour les fermiers. Les opérations militaires qui ont pour but de permettre aux bulldozers de rentrer dans la zone et de détruire les cultures sont très fréquentes. Le résultat est qu'une des zones les plus fertiles de la bande de Gaza est devenue dévastée et stérile. Plus de 100.000 Palestiniens sont affectés.
Peur constante
Un exemple: la famille d'Abu Saeed, qui, si elle ne s'est pas vue encore dépossédée de sa maison, a perdu tragiquement un de ses membres. Leur maison, où résident 17 personnes, est située à 370m de la Ligne verte. Le 13 juillet 2010, alors qu'il faisait encore jour, trois obus israéliens d'artillerie, remplis de fléchettes, ont été tirés sur la maison. À la suite de la seconde frappe, Ni'meh Yousif Abu Said, 32 ans et mère de cinq enfants, a été tuée lorsqu'elle est sortie de la maison pour chercher un de ses enfants. Trois autres membres de la famille ont été blessés. Depuis lors, la famille vit dans la peur constante de nouvelles attaques. Les enfants, qui ne sont pas autorisés à aller du côté est de la maison, ont des problèmes d'insomnie et courent se cacher dans la maison chaque fois qu'ils voient une jeep de patrouille israélienne. Ils ont à marcher 5 km tous les jours pour se rendre à l'école. Personne ne peut visiter la maison après le coucher du soleil, et la famille est alors confinée dans la maison. Les tirs sont récurrents, surtout pendant la nuit. D'autres Palestiniens ont vu leur maison se faire détruire. Ainsi, Kamal Swaleem a perdu sa maison de 180 m2 en cinq minutes pendant l'opération «Plomb durci». Sa maison était située à 370m de la frontière. Avec sa famille, ils avaient au total cinq maisons et 3 ha de terrain sur lesquels ils cultivaient de nombreux fruits et légumes. Avec ses frères, et ses parents, ils étaient une cinquantaine à vivre dans ce qu'ils considéraient comme un «petit paradis» construit pendant une moitié de siècle puisque le père de Kamal a acheté le terrain en 1943. Les problèmes ont commencé des le début des années 2000. Les bulldozers ont commencé à détruire une partie de ses terres en 2003. En 2006, le terrain tout entier a été rasé. Il n'était pourtant pas question pour la famille Swaleem de partir. Pourtant, ils ont bien été obligés de le faire quand, lors du premier jour de l'opération «Plomb durci», les soldats israéliens leur ont signifié par haut-parleurs qu'ils avaient cinq minutes pour partir. De loin, alors qu'ils étaient détenus par l'armée, ils n'ont pu qu'assister impuissants à la démolition de leurs maisons. La famille de Kamal s'entasse désormais dans une petite maison de quatre pièces qu'elle loue. Alors que Kamal gagnait relativement bien sa vie, il a du mal aujourd'hui à survivre en s'occupant des terrains de certains de ses amis pour quelques dizaines d'euros par mois. Son père n'a, quant à lui, pas supporté la perte de leurs fermes. Il est mort d'une crise cardiaque le 14 janvier 2009. L'OCHA (United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs) estime que 21.000 Palestiniens sont toujours déplacés, et des centaines sont en passe de le devenir. Abu Saeed, après la mort tragique de son épouse, envisage ainsi de construire une nouvelle maison à l'autre extrémité de son terrain: «Je voudrais rester, mais, pour les enfants, c'est trop dangereux.» Il n'a cependant pas les fonds nécessaires pour le faire.
Anne Paq *
Photographe indépendante basée en Palestine, spécialiste en droits humains, membre du Collectif Activestills.www.annepaq.com
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