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Michel Warschawski est militant israélien pour la paix et le droit des Palestiniens.
Les mots-clefs de son intervention :
« Dire que le conflit est complexe, c’est refuser de s’engager »
« Il n’y a pas de processus de paix, mais un processus de colonisation »
« Le remplacement des arabes par des juifs se poursuit régulièrement »
« Ben-Gourion et Ariel Sharon ; les deux véritables stratèges du sionisme, pour Sharon en 2003, « la paix n’est pas à l’ordre du jour pour les 50 ans à venir »
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« Le mouvement de la paix israélien est à reconstruire »
« En Palestine, la résistance populaire est active et le Premier ministre Salam Fayyad, la soutient »
« Il faut isoler et sanctionner Israël »
Il faut que le prix à payer par Israël pour sa politique soit de plus en plus lourd, comme ce fut le cas pour la France avec l’Algérie ou pour les USA avec le Vietnam. …
Pour cela, la campagne « Boycott Désinvestissement Sanctions » doit se poursuivre et s’amplifier pour isoler Israël de la communauté internationale.
Il faut également aller en Palestine et y emmener nos élus pour témoigner en retour auprès des responsables politiques afin de mettre fin à l’impunité d’Israël.
Tous les colonialismes du 20ème siècle, dans le long terme, ont été voués à l’échec.
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Prise de notes presque exhaustives :
Remarques préliminaires :
- On dit que le conflit israélo-palestinien est un problème complexe. C’est une façon de ne pas voir la réalité et de ne pas s’engager.
- Mettre les deux parties dos à dos ou voir de façon unilatérale, n’est pas valide car elles sont en conflit de façon asymétrique.
- Ce qui est clair : il y a colonisation, il y a un occupant et un peuple qui subit l’occupation
- C’est une guerre de libération comme le XXème siècle en a beaucoup connu, avec ses spécificités
- L’intelligibilité du conflit fait appel dans le détail à des rapports de force complexes mais il n’y a pas de mystères, c’est une guerre de libération.
1 ) Il n’y a pas de processus de paix.
L’actualité politique renvoie constamment au « processus de paix ». Ce sont des mots vides de sens sauf peut-être pendant quelques mois avant la mort de Rabin. Les gouvernements israéliens n’en veulent pas, jouant autour de ces 3 mots. Il y a eu des rencontres, des discours sur le processus mais il n’y a pas de processus de paix.
Car le processus constant, concret, réel c’est la colonisation avec ses acteurs, ses victimes depuis 100 ans
C’est une stratégie de long terme sur des décennies avec deux penseurs, deux architectes, deux stratèges : Ben Gourion et Ariel Sharon, les deux seuls hommes politiques sur 80 ans qui aient eu une vision, les autres n’en ont pas. Dans ses nombreuses fonctions, Ariel Sharon a eu pour fil conducteur la colonisation.
Son interview à Haaretz en 2003 est le « feuille de route d’Israël pour les cinquante ans à venir: «La guerre d’indépendance n’est pas terminée, la guerre de constitution d’Israël n’est pas achevée » Corollaire : la paix n’est pas à l’ordre du jour ; ce ne sont que des accords provisoires. Il dit que pour Israël signer une paix serait définir ses frontières, or Israël ne doit pas définir ses frontières ; elles sont ouvertes. Elles sont fixées avec l’Egypte, avec le Liban sauf quelques litiges en suspens ( les fermes de Chebaa) . Sur la frontière orientale, elles ne sont définies , ni avec la Syrie ( le plateau du Golan), ni avec les Palestiniens .Si la Jordanie reconnaît la frontière d’Israël, Israël ne reconnaît pas la frontière avec la Jordanie. Avec les Palestiniens, il ne doit pas y avoir de frontières
Pour Ben Gourion et Sharon, « la frontière sera là où notre charrue tracera notre dernier sillon » Nous « israéliserons » l’espace par des colonies, des points de fixation de toute nature ( station-service, poste d’observation écologique etc.). Pour cette entreprise, il faut du temps, plusieurs générations.
2 ) Dès lors, que faire des Arabes, pour établir un état juif ?
Le sionisme est différent des autres colonialismes en ce sens qu’il remplace la population indigène. Son objectif est de créer un Etat de Juifs. C’est un colonialisme d’expulsion, à la différence des USA où le colonialisme était un colonialisme de remplacement par massacre des indigènes.
Il y eut des massacres mais sans commune mesure : Gaza, Jénine. Il n’y a pas de génocide mais la volonté de pousser les Palestiniens vers l’est.
Comme aux USA, il y a des axes de colonisation , non pas des voies ferrées mais des routes avec des points d’ancrage, des points de colonisation, de civilisation.
Il n’y a pas de plan d’expulsion massive comme en 1948 ; ce serait irréaliste et trop dangereux car il y aurait réaction internationale ( cf le Kosovo)
Les dirigeants israéliens pensent que l’idéal serait que les Palestiniens partent d’eux-mêmes ou qu’il y ait une énorme épidémie. Le rêve absolu de se réveiller au matin : ils sont partis. Etre anti-sioniste c’est de penser que les Arabes en Palestine, c’est bien !
3 ) Quelle politique s’ils doivent rester ?
Pour Sharon, il faut les cantonner là où la population est la plus dense, dans les agglomérations. L’espace devient alors comme un emmenthal, le fromage est aux Israéliens, les trous ce sont les Palestiniens, enfermés par des murs ou mieux des grillages très sécurisés, plus souples. L’Etat palestinien c’est le problème des Palestiniens. Gaza faisait partie de ce plan. Le massacre de 2008-2009 est un incident de parcours, un élément collatéral de la lutte contre le terrorisme, devenue lutte contre l’islamisme, puis lutte contre l’Islam, dans le cadre d’une guerre globale, en Irak, au Liban, en Afghanistan, guerre lancée par les néo-conservateurs et qui échoue ; cette guerre qui fait le lit de l’extrême-droite arrivée au pouvoir.
Gaza est un message fort à l’adresse du monde à une période de transition des pouvoirs aux Etats-Unis : n’essayez pas de nous imposer une politique, on vous mettra la pagaille. Tzipi Livni « nous voulions montrer au monde que nous pouvions pèter les plombs ». Ce message n’est pas à destination des Palestiniens qui le savent depuis plus de 60 ans mais à destination des USA et de la communauté internationale.
Nouveau paramètre : Obama. Le discours du Caire trouble, désespère les Israéliens. Il est hors de question de remettre en cause une alliance stratégique forte et intéressée, mais de très profondes divergences avec les Etats-Unis se sont exprimées, comme il y en eut dans le passé, en 1956 entre Eisenhower et Ben Gourion à propos de l’expédition de Suez et du Sinaï ou plus récemment avec George Bush. Les USA ont des moyens de rétorsion forts : suspendre des prêts, faire traîner des contrats.
L’extrême-droite au pouvoir en Israël pense que Obama est une catastrophe et tout est fait pour le déstabiliser, y compris en politique intérieure, en faisant jouer les relais de droite américains. Les deux hommes se détestent (Netanyaou/Obama)
Cette tension peut-elle conduire à un tournant politique ? Geler la colonisation , c’est très peu probable. L’équipe au pouvoir est incapable de donner une réponse au discours du Caire de Obama. La probabilité est que les USA peuvent obtenir de nouvelles élections en Israël.
Parallèlement, le colonialisme n’est pas mené actuellement par une vision, par une politique à long terme. Les actions politiques sont décidées dans l’instant. Le long terme fait peur : qui sommes nous? Les enfants des dirigeants de la 3ème génération vivent ailleurs, beaucoup espèrent ou ont un second passeport. La question majeure est la suivante : l’Israélien croit-il à la pérennité de son pays ?
Pour survivre Israël doit s’inscrire dans son contexte régional, vivre avec les Arabes.
4 ) Et les Palestiniens dans ce tableau ? Des évolutions majeures.
Ils ont compris que le jeu de l’illusion d’un processus de paix est terminé. C’en est fini des discours incantatoires de la guerre à lancer, du retour dès demain à Jérusalem, etc…Plus personne ne croit au processus de paix, sauf Mahmoud Abbas.
Le premier ministre Fayyad ( ancien haut fonctionnaire du Fonds Monétaire International ) semble plus adroit, il profite de la période pour construire un Etat, des institutions.
Il y a le maintien, l’approfondissement du mouvement populaire qui tous les jours résiste et réussit à le faire savoir ( Bil’in et une dizaine d’autres lieux), grâce à la participation des internationaux et des pacifistes israéliens.
Il y a davantage d’adéquation entre l’Autorité palestinienne et le peuple, la première s’appuie davantage sur les actions populaires. Il y a de fait une grande lassitude des Palestiniens, beaucoup d’attente alors que la croissance économique très inégale s’essoufflerait. Difficile de dire s’il y aura une seconde Intifada (Intifada = soubresaut, soulèvement populaire. Pour M. Warchawski, il n’y a pas eu de seconde Intifada en 2000, mais une réaction à une attaque israélienne). Aujourd’hui , des milliers de jeunes en ont assez, surtout à Jérusalem.
L’ouverture à de vraies négociations est possible. « On arrête de jouer ».
5 ) Et en Israël, quel état de l’opinion ? Etat du mouvement pour la paix ?
Jusqu’en 2000, c’était un mouvement de société (au moins 50% de la société israélienne pensait que la décolonisation était possible). En 15 jours, ce mouvement de société est mort pour longtemps. Alors que son œuvre a été importante : pousser au retrait du Liban, pousser à reconnaître l’OLP
Il n’y a plus de relais puissant dans la société. Reste un noyau actif, présent dans les manifestations actuelles à Jérusalem-Est ( les évictions des quartiers de Sheikh Jarrah) et en Cisjordanie.
Le Parlement israélien n’est composé que de l’extrême-droite, religieuse et non religieuse. Il n’y a plus que quelques milliers de pacifistes en Israël, qui n’ont aucune prise sur l’opinion.
Mais la haine envers les colons est toujours présente. Les décisions brutales, publiques de coloniser des quartiers à Jérusalem font débat…
6 ) Un changement de politique ne peut venir que de l’extérieur !
Il faut que le prix à payer par Israël pour sa politique soit de plus en plus lourd, comme ce fut le cas pour la France avec l’Algérie ou pour les USA avec le Vietnam. …
Mettre Israël au ban, dire le Droit. Les Etats reculent, la France en particulier. Elle est considérée par Israël comme un de ses meilleurs amis.
Importance du mouvement international de solidarité : ces 30 dernières années c’était un mouvement de sensibilisation, politisation, dénonciation. Avec le boycott, il entre dans une phase active, de contre-offensive.
Boycott, sanctions, sont des entreprises de très longue haleine qu’il faut mener mais surtout en dénonçant, en faisant savoir. Il faut casser l’image d’Israël, les Israéliens sont sensibles à leur image car on n’aime pas ne pas être aimé.
Cet isolement commence à être perçu. Il faut l’accentuer. Le boycott est mentionné tous les jours dans les médias israéliens.
Comme pour toute politique coloniale, la fin c’est l’échec. Il n’y a pas de perspectives. Le colonialisme n’a pas de long terme. Les Israéliens sont dans le « maintenant », « Tel Aviv : la ville qui vit au présent ».
« Israël fait peser une menace sur les Juifs »
Tous les colonialismes du 20ème siècle, dans le long terme, ont été voués à l’échec.
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Michel WARSCHAWSKI, militant israélien pour les droits des Palestiniens, journaliste et écrivain, co-fondateur du Centre d’Information Alternative de Jérusalem
Conférence-débat, jeudi 8 avril 2010, prise de notes presque exhaustive, non relues par l'auteur, salle comble à la maison des syndicats.
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